Votre (pron. possessif des deux genres, adjectif)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

pron. possessif des deux genres 

qui répond au pronom personnel "Vous;" il s'emploie avec l'article défini. "Quand vous aurez entendu nos raisons, nous écouterons les vôtres. Ma maison est la vôtre."
VÔTRE s'emploie comme nom masculin et signifie Ce qui est à vous, ce qui vous appartient. "Le vôtre et le nôtre, chacun le sien. Vous en serez du vôtre."
Il signifie aussi Ce qui vient de vous. "Vous y avez mis un peu du vôtre."
VÔTRES, au pluriel, s'emploie aussi substantivement et désigne Ceux qui sont de famille, vos parents. "Vous et les vôtres. Vous avez d'abord le devoir de prendre soin des vôtres, d'aider les vôtres."
Il désigne aussi Ceux qui sont de compagnie, de parti, de pays. "Je ne puis me rendre à invitation, je ne serai pas des vôtres. Voilà un des vôtres. Les vôtres se sont bien battus, ont résisté courageusement."
Fam., "Vous faites des vôtres" se dit à quelqu'un qui fait des folies, de bons tours ou même des actions répréhensibles. Il est alors féminin.
VÔTRE, sans article, s'emploie quelquefois comme adjectif. "Ces effets sont vôtres." On dit plutôt aujourd'hui : "Ces effets sont à vous."
Fam., "Je suis tout vôtre," Je vous suis tout dévoué.



Dictionnaire d'Emile Littré

Adjectif 



 1   Il répond au pronom personnel vous, se met toujours devant le substantif, et se dit en parlant à une personne ou à plusieurs.
MOL.: « Philinte : Dans vos brusques chagrins je ne vous puis comprendre ; Et, quoique amis enfin, je suis tout des premiers.... - Alceste : Moi, ami ? rayez cela de vos papiers »
RAC.: « Quoiqu'il soit fils et même ouvrage, Il est empereur »
RAC.: « Votre Oreste au berceau va-t-il finir sa vie ? »
FONT.: « D'ordinaire ces messieurs-là [les lutins] sont brusques ; ils ouvrent vos rideaux, tirent couverture, vous donnent quelques soufflets, et on ne sait ce qu'ils deviennent »
VOLT.: « Adieu, Tithon et l'Aurore ; avez-vous gagné vos soixante-neuf ans au métier de Tithon ? »
MARMONTEL: « Ce mot de Mme de Sévigné à sa fille : J'ai mal à poitrine ; expression de génie, si l'on peut appeler ainsi ce que le coeur a inventé »

 2   Il se dit quelquefois non pas de ce que vous possédez, mais de ce dont vous parlez, de ce qui tient à vous d'une façon quelconque.
MOL.: « Que voulez-vous dire avec bon visage ? Monsieur l'a fort mauvais »
FÉN.: « Astarbé vous défend de découvrir au roi quel est étranger »
REGNARD: « Et parbleu ! vous rêvez ; Pour connaître vos gens, mettez mieux vos lunettes »
VOLT.: « Vous voulez rire avec vos quatre millions »
ID.: « Votre Malebranche, lui dit un jour l'Ingénu, me paraît avoir écrit la moitié de son livre avec sa raison, et l'autre avec son imagination et ses préjugés »
GENLIS: « Le marquis : Je vous ai parlé du chevalier de Villars. - Délie : Eh bien ? - Le marquis : Eh bien, c'est inconnu »
PICARD: « Relisez Molière »

 3   Avec un nom de personne, il se dit souvent par dédain ou par colère.
CORN.: « Voici Achorée »
RETZ: « Revenez à moi, me dit-elle, et je me moquerai de Monsieur [le frère do Louis XIII], qui est le dernier des hommes »
RAC.: « Voici Mathan : je vous laisse avec lui »

 4   Votre, vos, placé devant les adverbes comparatifs fait le superlatif. Votre plus grande dépense. Vos moins chers volumes.

REMARQUE
    Au XVIIe siècle, on répétait volontiers devant un second adjectif, quand il y en avait deux : Renoncer à ce qui devrait être souveraine et unique consolation, BOURDAL. Domin. 5° dimanche après Pâques, Prière, t. II, p. 199. On dirait aujourd'hui : Votre souveraine et unique consolation.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Lois de Guill. 38: Je jetai voz choses de la nef pur poür [peur] de mort
     Ch. de Rol. v: Branche d'olive en vos mains porterez
     ib. IX: Dunt bien purrez voz soldeiers luer
     ib. XVIII: Vostre curages est mult pesmes e fiers
    XIIème siècle
     Couci, VII: [Je] Proi vous, dame, par vo très grant valors, Que vous amez [aimiez] vostre loial ami
     ib. x: Mais quant vostre oil [vos yeux] me veulent regarder, Et je remir le vostre biau cors gent
     ib. XI: Et vos [votre] douz front qui plus est clair que glace
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Seigneur, j'ai bien veues vos lettres, et bien sai tout certainement que vostre seigneur sont li plus haut home qui soient »
     Berte, IV: Fille, ce dist li rois, ressemblez [à] vostre mere
     ib. XII: Mere, ce dist Aliste, Diex oie vo priere
     ib. XVI: Bien est vos traïsons veüe et esprouvée
     ib. XLVI: Sire, que la vostre ame soit de Dieu couronnée
     ib. LI: Quant pour vostre marastre vo pere avez perdu
     ib. LIX: Vo marastre vous a et ferue et laidite
    XVème siècle
     Perceforest, t. VI, f° 105: Ilz se recommandent à vous comme vostres chevaliers
    XVIème siècle
MAROT: « Et amour [l'amour que je vous porte] m'excuse, Qui troubla tant mes douloureux esprits »

ÉTYMOLOGIE
    Berry, voute ; norm. vote ; picard, vo ; provenç. vostre, vostra ; espagn. vuestro, vuestra ; portug. vosso, vossa ; ital. vostro, vostra ; du lat. vester, dérivé de vos, vous ; dérivé du grec vous deux. Dans l'anc. franç. vostre s'emploie au pluriel, mais seulement au nominatif ; vos, qui en est l'apocope, s'emploie au singulier et au pluriel ; au nominatif singulier, il peut devenir vo. Votre, étant enclitique, a pris l'o bref, mais il reprend l'o long quand il n'est plus enclitique : le vôtre.


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française



qui répond au pronom personnel "Vous." Il se met toujours devant le substantif, et il fait "Vos" au pluriel. On le dit en parlant à une personne ou à plusieurs. "Votre père. Votre patrie. Votre religion. Votre bien. Votre vie. Votre intérêt, monsieur; intérêt, messieurs, est que.... Vos dieux. Un de vos ancêtres. Vos femmes. Vos biens."



1ère ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Adjectif possessif des 2 g. qui répond au pronom personnel "Vous". Il se dit en parlant à une personne ou à plusieurs. Dans cette acception, il se met toujours devant le substantif; il ne reçoit jamais d'article, et il fait "Vos" au pluriel. "Votre père. Votre patrie. Votre religion. Votre bien. Votre vie. Votre intérêt, Monsieur; intérêt, Messieurs, est que...... Vos Dieux. Un de vos ancêtres. Vos femmes. Vos biens".
Il est aussi possessif relatif. Alors il reçoit l'article; il ne fait jamais que "Vôtres" au pluriel, et il ne se dit que par rapport à une chose dont on a déjà parlé. "Quand vous aurez entendu nos raisons, nous écouterons les vôtres. Il a pris ses livres et les vôtres. Renvoyezmoi mon cheval, et je vous renverrai le vôtre".



2ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Votre, se met aussi pour, Ce qui vous appartient; et il fait au pluriel, "Vôtres". Ainsi on dit, "Cette personne est des vôtres," pour, De parti, ou de compagnie. "Je ne serai pas aujourd'hui des vôtres. Tous les mécontens seront des vôtres".
Il faut remarquer, que quand "Votre" précède le substantif, l'"O" est bref, "Votre livre;" et qu'il est long, quand "Votre" suit l'article. "C'est le vôtre". VOU



1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



Qui répond au pronom personnel "Vous." Il se dit en parlant à une personne ou à plusieurs. Dans cette acception, il se met toujours devant le substantif; il ne reçoit jamais d'article, & il fait "Vos" au pluriel. Votre père. Votre patrie. Votre religion. Votre bien. Votre vie. Votre intérêt, Monsieur, intérêt, Messieurs, est que... Vos Dieux. Un de vos ancêtres. Vos femmes. Vos biens.
Il est aussi possessif relatif. Alors il reçoit l'article; il ne fait jamais que "Vôtres" au pluriel, & il ne se dit que par rapport à une chose dont on a déjà parlé. "Quand vous aurez entendu nos raisons, nous écouterons les vôtres. Il a pris ses livres & les vôtres. Renvoyez-moi mon cheval, & je vous renverrai le vôtre."



2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



se met aussi pour Ce qui vous appartient; & alors il fait au pluriel "Vôtres." Ainsi on dit, "Cette personne est des vôtres," pour dire, De parti, ou de compagnie. "Je ne serai pas aujourd'hui des vôtres. Tous les mécontens seront des vôtres."
Il faut remarquer, que quand "Votre" précède le substantif, l'"O" est bref. "Votre livre;" & qu'il est long, quand "Votre" suit l'article. "C'est le vôtre."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


pronom possessif de la 2de persone. Quand il est adjectif, il se met toujours devant le substantif, et il tient lieu d'article: "votre" livre, "votre" maison. Quand il est substantif, il est pronom relatif; alors l'"o" est long, et doit être marqué d'un accent circonflexe. 'Voilà le mien, et voilà "le vôtre". Quand il est adjectif, il a pour pluriel "vos". quand il est substantif, son pluriel est, "les vôtres". '"Vos Livres" sont en bon ordre. Les miens sont vieux: "les vôtres" sont tout neufs. = "Les vôtres", c'est, ou vos parens et amis, ou ceux de compagnie, de parti. Je me moque de vous et "des vôtres": Est-il "des vôtres"? 'Je ne serai pas aujourd'hui "des vôtres". 'Tous les mécontens seront "des vôtres". Voy. NOTRE.




Emplacement dans le dictionnaire :

vortex
vorticule
votant
votation
voté
vote
voter
votif
vôtre

vôtre (le) ou vôtre
votre serviteur
voucher
voué
vouède
vouer
vouge
voulant
vouloir
voulu
vous




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...remplissez le gouffre et la crête des monts, j'ai vu vos clairs rameaux sous la brise bénigne balancer doucement le ciel et ses rayons. Ah ! Dans le sombre hiver, pendant les nuits d'orage, lorsqu'à votre unisson lamentent les corbeaux, lorsque passe l'éclair sur votre fier visage, chênes que vous devez être encore plus beaux ! 2e LIVRE (VII) Quand pourrai-je, quittant tous les soins inutiles et le...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...sous la brise bénigne balancer doucement le ciel et ses rayons. Ah ! Dans le sombre hiver, pendant les nuits d'orage, lorsqu'à votre unisson lamentent les corbeaux, lorsque passe l'éclair sur votre fier visage, chênes que vous devez être encore plus beaux ! 2e LIVRE (VII) Quand pourrai-je, quittant tous les soins inutiles et le vulgaire ennui de l'affreuse cité, me reconnaître enfin, dans les...


Citation n°3 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...(V) Roses, en bracelet autour du tronc de l'arbre, sur le mur, en rideau, svelte parure au bord de la vasque de marbre d'où s'élance un jet d'eau, roses, je veux encor tresser quelque couronne avec votre beauté, et comme un jeune avril embellir mon automne au bout de mon été. 4e LIVRE (VI) En dépit de mes maux, de la nuit de mon âme, je me sens plus vivant que ne le fut jamais sur le brasier la...


Citation n°4 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...borne assis, tranquille, je romprai le pain de l'amertume. 6e LIVRE (III) Aux rayons du couchant, le long de cette ornière, je vous vois, peupliers revêtus de lumière ; dans la pénombre, oiseaux, votre cri répété pour la dernière fois a salué l'été ! Va, brode l'horizon, brume délicieuse, d'émeraude et d'onyx poussière précieuse : je veux me disperser ce soir dans le malheur de l'automne qui...


Citation n°5 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...que mon coeur à chacun de ses coups se rapproche des ombres. 6e LIVRE (IX) L'aube qui doucement se lève sur la ville et se dissout dans l'air annonce un jour serein. Que j'aime à contempler votre cime tranquille, arbres fiers que nourrit un avare terrain ! Je songe, en supputant tout le mal et le pire ; et malgré les détours dont m'abuse le sort, je sens que sur ma lèvre erre encore un...


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